Le projet de nouveau Foyer Jeune Travailleurs à
Fontainebleau dit « residence lorraine »
Préambule
La municipalité, à bas bruit, a accepté que la résidence autonomie des personnes âgées rue de Lorraine soit transformée par le bailleur social FSM en Foyer de Jeunes Travailleurs (FJT) de 60 logements. Les résidents ont d’ores et déjà quitté les lieux.
La gestion en sera assurée par la Mutuelle Générale des Etudiants de L'Est (MGEL, Groupe VYV, dont fait partie FSM). Notons que le directeur général de la MGEL : Cédric Chevalier est sénateur Groupe Horizons, comme le député local, Frédéric Valletoux)
Cette note est destinée à notre équipe afin qu’elle s’approprie le contexte particulier du projet de FJT appelé « Résidence Lorraine » qui remplace la résidence Autonomie Lorraine pour personnes âgées en Foyer de Jeunes Travailleurs.
1 – LA SITUATION DES FJT AU NIVEAU NATIONAL ET REGIONAL
De quoi parle-t-on ? Les Foyers de Jeunes travailleurs sont des structures d’habitat transitoires destinée à loger des jeunes (généralement 16-25 ans, parfois jusqu’à 30 ans) en début de vie professionnelle ou en insertion sociale.
Ils offrent des logements meublés (généralement de type F1, F1bis et plus rarement F2) ou non ainsi que des espaces collectifs (laverie, salle de vie, cuisine etc...).
L’entrée dans ces foyers se fait de façon contractuelle avec la nécessité d’un suivi dit « socio-éducatif ».
Quelques chiffres :
- Selon la CAF, il existe environ 50k Places financées dans environ 500 FJT. Le dernier rapport de l’UNHAJ (l’union nationale de l’habitat des jeunes) liste précisément 54K structures sur le territoire (source : conseil national de l’habitat, 20 Janvier 2025).
- Précision importante : beaucoup de ces structures sont intégrées ou fusionnées avec les établissements de type « Résidences sociales » (source : DREES 2022).
- Compte tenu d’un mélange des genres (mais aussi de la politique de ces établissements), les chiffres statistiques des établissements de type FJT sont généralement opaques sur la question de l’origine géographique des publics accueillis.
- Selon l’INSEE, c’est bien l’Île-de-France qui concentre une large part des résidents de foyers en France, avec environ 38 500 personnes vivant en foyers de travailleurs (toutes catégories, dont jeunes et migrants). Dans ce chiffre, on compte environ 13K places réservées aux « jeunes travailleurs » et donc au FJT. On peut donc constater qu’environ la moitié des places à l’échelle nationale est située en Ile de France.
De façon très étonnante (et c’est à soulever), il n’existe pas aujourd’hui un recensement précis et détaillé
(contrairement à des données nationales centralisées), il n’existe pas de résumé chiffré officiel public pour la
Seine et Marne. Le travail doit-donc se faire en reconstituant ces données.
2 – LA SITUATION AU NIVEAU DE LA SEINE ET MARNE EN 2025
En utilisant différentes sources (bailleurs, INSEE, CAF et d’autres sources complémentaires issus du service public) il est possible de reconstituer un effectif approximatif pour le département et d’entrer dans le détail de cet effectif.
Il existerait à ce jour, entre 10 et 12 FJT (ou assimilés FJT) actifs sur le département, possédant des gestionnaires différents et dont les locaux sont la propriété de différents bailleurs. Il y a 5 FJT « classiques » et 5 « relais jeunes » assimilés toutefois à des FJT car elles accueillent les mêmes publics pour un totale d’environ 376 places.
- FJT « ALJT Meaux » disposant de 159 logements (151 individuels + 8 pour couples ou personnes à mobilité réduite). Bailleur : Clésence, Association : ALJT.
- FJT « ALJT Montévrain » disposant de 173 logements. Bailleur : 3F, Association ALJT.
- FJT « François Gomez » de Melun, disposant de 106 logements. Bailleur : Non spécifié, Association : ADSEA 77
- FJT « Frédéric Ozaman » de Champs sur Marne, disposant de 140 logements. Bailleur : Non spécifié, Association : Apprentis d’Auteuil.
- 5 « Relais jeunes » de l’Association Relais Jeunes 77 à Lagny sur Marne (166 places dont 140 logements), à Serris (110 places dont 82 logements), à Moissy Cramayel (100 places dont 90 logements. Les deux dernières sont à Torcy (Torcy Chaplin et Torcy Lingenfeld) et le nombre de places n’est pas documenté (plusieurs dizaines de logements sans aucun doute).
- Deux autres FJT sont répertoriés comme FJT par l’observatoire régionale pour 2024 sur la Seine et Marne (ce sont probablement des foyers de type Résidence sociale)
La Seine et Marne est donc déjà très bien dotée concernant ces structures.
Selon l’observatoire de l’union régionale de l’habitat des jeunes (chiffrage URHUJ Ile de France 2024/Habitat Jeunes IDF) la Seine et Marne se classe même en troisième place au niveau national (derrière Paris avec ses 42 foyers et les hauts de Seine avec 25 foyers).
Chiffres en bref :
- Il existe en France 50k places en FJT repartis sur 500 foyers de jeunes travailleurs.
- L’ile de France accueille déjà bientôt la moitié des places du national.
- La Seine et Marne est déjà très bien dotée en FJT et se classe même en troisième position sur le national.
3 – LA SITUATION DU LOGEMENT JEUNE SUR LE LOCAL À FONTAINEBLEAU EN 2025 :
Au-delà des FJT (qui ne représente qu’un dispositif particulier trusté aujourd’hui la plupart du temps par un public d’ex-mineurs non accompagnés en sortie de dispositif du fait de leur majorité, il existe déjà sur Fontainebleau et ses environs un parc alternatif aux Foyers de Jeunes Travailleurs.
Il existe actuellement 8 alternatives aux FJT sur Fontainebleau et son périmètre très proche :
- 5 Résidences étudiantes (Résidence Raymond Fischesser rue de Ferrare, Résidence Etudiante Marcel Lods rue des Etats Unis, Résidence La Nef rue du Sergent Perrier, Le Studio 8 rue Lagorsse et la résidence étudiante Armade à Avon).
- Trois résidences qui accueillent les jeunes travailleurs (La résidence sociale ADOMA de Avon, la résidence étudiante de l’internat de l’ICEF au Lycée Saint Aspais.
Il existe également trois autres résidences étudiantes dans un périmètre moins rapproché de la ville de Fontainebleau. Il s’agit de la résidence Bon temps à Melun, de la résidence Abelard de Melun et la résidence Van Gogh à La Rochette).
C’est tout à fait logique que la ville fasse un effort significatif sur le sujet des étudiants puisque Fontainebleau arrive en 2e position départementale pour le taux d’étudiants en population scolarisée (≈32 %) (source : Chacun son lieu et Plan local de L’habitat de 2021).
La ville dispose donc d’une offre déjà correcte et diversifiée (CROUS, Résidences privées et sociales, internat etc…) compte tenu des établissements à proximité susceptible d’accueillir les étudiants post-bac (l’INSEAD, l’École Supérieure des Mines, l’UPEC, le Centre Hospitalier Sud Seine-et-Marne, IFSI Infirmier, FONACT, CNSD, l’École de Gendarmerie, les BTS et écoles préparatoires au sein des lycées).
A l’inverse, la CAPF (Communauté d’Agglomération Pays de Fontainebleau), fait face à un vieillissement et une croissance gérontologique importante de sa population présente sur le territoire depuis de nombreuses années.
En effet, le PLH recense plus de 10 % de la population de plus de 75 ans (soit 7 000 personnes), avec une hausse notable de 1,2 % par an entre 2012 et 2017. La population de 90 ans ou plus augmente de 5 % par an sur cette même période.
Par rapport à ses territoires de comparaisons, la Communauté d’Agglomération est aussi bien est plus marquée par le vieillissement de la population, notamment par rapport à d’autres communautés d’agglomérations limitrophes comme celle de Moret Seine-et-Loing (+0,9 % entre 2012 et 2017).
En bref :
Il existe sur Fontainebleau et son périmètre très proche 8 Alternatives aux Foyers de Jeunes Travailleurs et trois alternatives sur un périmètre moyennement proche).
La ville et la communauté d’agglomération est déjà dotée d’une offre diversifiée compte tenu de sa forte population étudiante
A l’inverse, la ville et la communauté d’agglomération font face à un vieillissement important de sa population depuis deux décennies maintenant.
Il est donc incompréhensible d’un point de vue démographique qu’une Résidence pour les Séniors soit remplacée par un FJT. Un tel projet allant à l’inverse des besoins de la population nécessiterait à juste titre un débat légitime ou, à défaut, une concertation locale.
4 – ANALYSE CRITIQUE
L’ensemble des chiffres s’accordent sur un point : le territoire est bien doté en termes de Foyers pour Jeunes Travailleurs.
Les Foyers de Jeunes Travailleurs étant le principal sas d’accueil des Mineurs Isolés arrivés à leur majorité supposée (il s’agit d’un nouveau public des FJT depuis une dizaine d’année qui représente désormais 30% à 40% des publics de ces foyers), on peut donc légitimement craindre que Fontainebleau servirait de laboratoire pour la répartition de ce public qui sature déjà d’autres départements.
Rappelons également que le FJT est également le sas d’accueil pour obtenir un logement social (puisque tous les bénéficiaires de ce dispositif, tout comme les hébergés en résidence sociale, répondent à la troisième catégorie des publics prioritaires au sens de la loi DALO).
Il est donc important à noter que ce dispositif appelle mécaniquement un besoin en logements sociaux puisque les sortants de ces dispositifs y sont orientés très fortement compte tenu de ce facteur.
Rappelons sur ce sujet que le profil du requérant DALO moyen (source DRIHL) :
- 51% sont des ressortissants hors UE
- 31% perçoivent des revenus équivalents à un SMIC par mois
- 52% sont des personnes seules
- 14% sont reconnus éligibles du fait d’un hébergement dans un logement de transition (les FJT sont des logements de ce type)
Pour rappel (note sur le logement social), la ville n’est pas bien dotée pour les logements de type F2 ou F3, l’augmentation de ces publics au niveau local entrainerait donc aussi de facto une demande très forte en petits logements sociaux.
POPULATION HORS UE ET MNA (Mineurs Non Accompagnés)
Le public « EX-MNA » ayant atteint une majorité supposée représente un « nouveau public » devenu très important dans la population des Foyers de Jeunes Travailleurs. Certaines études évoquent une proportion d’un tiers jusqu’à parfois 40% de la population type d’un FJT qui concentre déjà un public très majoritairement issu de l’immigration.
Ce dernier public est surreprésenté dans la délinquance et notamment en région Ile de France. Pour rappel (source : Institut pour la Justice/INSEE/Observatoire de l’immigration et de la démographie), les étrangers représentaient 24% des détenus en 2020 dans les établissements pénitentiaires français. Ils sont toujours surreprésentés parmi les détenus dans une proportion supérieure à trois.
Nous allons retrouver exactement les mêmes tendances pour les profils accueillis en FJT issus de l’ASE du fait de leur statut de mineurs isolés.
En 2005, un rapport de l’IGAS estimait à 2 500 le nombre de ces mineurs présents dans les services départementaux d’aide sociale à l’enfance au 30 septembre 2004. Au 31 décembre 2019, 31 009 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par les conseils départementaux.
En 2019, les trois premiers pays d’origine de ces mineurs étaient :
- La Guinée (24,67%)
- le Mali (23,29%)
- la Côte d’Ivoire (13,16%)
Parmi eux, un nombre indéterminé n’est ni mineur ni isolé et une autre partie (qui ne recouvre pas la première) commet des actes de délinquance, parfois de manière extrêmement répétée.
Dans son rapport d’activité 2019, la Mission Mineurs Non Accompagnés rattachée à la DPJJ écrivait :
« L’ensemble des acteurs de la prise en charge constatent ces dernières années une augmentation importante de MNA relevant du cadre pénal. Cette situation est également relevée dans le rapport d’activité 2018 du contrôleur général des lieux de privation de liberté. Certains lieux de détention ont connu une augmentation de près de 50% du nombre de MNA détenus. »
Il n’est donc pas raciste ou xénophobe de dire qu’augmenter le nombre de FJT au niveau local, c’est augmenter de fait la population bénéficiant actuellement de ces dispositifs.
Par effet mécanique, cette population étant surreprésentée dans la délinquance, il est à craindre une augmentation très importante de la délinquance au niveau local.
Pour rappel, Fontainebleau présente déjà un taux de délinquance par habitant supérieur à la moyenne départementale (Nombre total d’infraction pour 1000 habitants d’environ 60,2% contre 48,9% pour la Seine et Marne).
Un tel projet risque donc, uniquement par analyse des chiffres, d’augmenter l’insécurité dans la ville de façon mécanique.
FOCUS TAUX DE CHOMAGE DES JEUNES SUR FONTAINEBLEAU
Selon l’INSEE, le taux de chômage (population 15-64 ans) à Fontainebleau en 2022 représente environ 8,0 % de la population active était au chômage.
L’INSEE ne publie pas directement une donnée fine du taux de chômage des 15-24 ans uniquement pour la commune de Fontainebleau dans les fichiers de recensement standard ce qui rend plus difficile une étude sur les bassins d’emplois et le chômage de cette population sur la commune.
Il est toutefois possible d’établir des estimations compte tenu des chiffres pour le canton/arrondissement élargi éclairant notre analyse.
Certaines publications indiquent qu’environ 26 % des 15-24 ans étaient au chômage en 2021 dans l’arrondissement de Fontainebleau.
Pour rappel, le taux de chômage des jeunes en France représente 16,6% en 2024 et entre 18 et 19% pour l’Ile de France.
Le chômage des jeunes dans l’arrondissement de Fontainebleau est donc plus élevé que le chômage global, et les estimations pour le canton/arrondissement indiquent des niveaux significativement supérieurs à la moyenne nationale, ce qui est cohérent avec les tendances régionales et nationales où les jeunes ont un taux de chômage plus élevé.
On pourrait donc penser que la décision d’ouvrir un FJT permettrait d’agir sur ces chiffres de façon quantitatif et qualitatif. Il n’en est rien.
En effet, si l’on compare ces chiffres avec ceux de la ville de Melun, très bien doté en Foyers de Jeunes Travailleurs et en places disponibles par rapport à Fontainebleau, le taux de chômage global est nettement supérieur à Fontainebleau (15% de taux de chômage sur Melun selon l’INSEE pour la population 15-64 ans contre 8% pour Fontainebleau).
De même, selon les précédentes estimations, on peut établir un taux de chômage plus élevé pour les jeunes de Melun (environ 28% sur la population 15-24 ans) contre 26% pour l’arrondissement de Fontainebleau (estimation élargie) qui n’est dotée d’aucun Foyer de Jeunes Travailleurs).
Ainsi donc, on peut en conclure que développer ces foyers sur le Territoire n’aura aucun impact significatif sur le taux de chômage.
Il est à noter que cette tendance n’est pas circonstancielle puisqu’on peut faire exactement la même comparaison avec d’autres communes de Seine et Marne déjà dotée d’un Foyer de Jeunes Travailleurs.
La ville de Meaux par exemple a un taux de chômage presque identique à celui de Melun (environ 14,5% pour la population 15-64 ans).
Ce type de dispositif est donc devenu d’avantage un lieu d’accueil d’une population extra-européenne sans point de chute qu’un levier pour l’emploi local en Seine et Marne.
CONCLUSION
À Fontainebleau, le projet de transformation de la résidence Lorraine :
- Va à l’inverse de l’évolution de la population (la population locale vieillie d’avantage malgré une forte dotation en structure sur le département, alors que l’offre étudiante est déjà stable et diversifiée). Il sera donc nécessaire de diversifiée l’offre pour les séniors ou les jeunes couples.
- Ne correspond pas aux besoins en matière de logement (la ville a davantage de besoins en Type 2 et surtout en Type 3 ou Fontainebleau présente un déficit important) et non de petits logements destinés aux étudiants.
- Est une décision politique, non concertée, qui ne correspond aucunement aux besoins locaux. Il n’existe en effet aucune trace de concertation et il n’y a pas de référendum localisé sur le sujet.
- Aggravera la délinquance par un effet mécanique. Les chiffres sont déjà plus élevés que la moyenne départementale de la délinquance sur Fontainebleau et la population accueillie est surreprésentée dans la plupart des statistiques officielles.
- Ne présente pas de bénéfice pour l’emploi local des jeunes. Toutes les communes de Seine et Marne déjà dotée d’un FJT présente des chiffres plus mauvais en matière d’emploi (y compris pour les jeunes).
NOTRE MESSAGE :
« À Fontainebleau, le projet Lorraine est une décision politique qui ne répondra aucunement aux besoins des Bellifontains et aura un impact très négatif sur le bien être des riverains »
